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UNIVERSITE INTER-AGES DU DAUPHINE
COURS D'ECONOMIE DE MONSIEUR
JEAN-MARIE MARTIN-AMOUROUX
Chapitre 3
Interactions entre la transformation des capitalismes et les nouvelles relations économiques internationales
Les principales transformations des capitalismes examinées précédemment (chapitre 2) ne se comprennent qu'à la lumière des changements survenus dans les relations économiques internationales. On a noté à plusieurs reprises les liens entre :
- la financiarisation des économies et la libre circulation des capitaux à l'échelle mondiale ;
- les pratiques douteuses des banques ou des fonds de placements et la multiplication de places offshore en compétition pour accueillir des capitaux ;
- le déséquilibre structurel de la balance des payements courants des États-Unis et l'achat par la Chine des titres de dette de ce pays ;
- l'émission quasiment illimitée de dollars, la spéculation sur les taux de change et l'abandon des parités fixes entre monnaies ;
- la localisation des bénéfices le long de la chaîne de valorisation d'un produit et les différences de fiscalité ;
- les limites des politiques anticycliques d'inspiration keynésienne dans des économies totalement ouvertes aux importations de marchandises étrangères....
De façon plus synthétique, Joseph Stiglitz[1]. porte le jugement suivant :
« Après les réductions d'impôt de Ronald Reagan, jamais les Etats-Unis n'auraient pu se livrer à leur orgie de consommation accompagnée de déficits publics faramineux sans un endettement massif, lequel a été financé par les excédents des pays de l'OPEP puis du Japon et de la Chine. De tels transferts ont été rendus possibles par la libération des échanges de marchandises et de capitaux. La mondialisation était peut-être inévitable, mais nous avons tenté de l'organiser à notre profit, ce qui n'était pas conforme à nos valeurs et, finalement, n'a pas servi nos intérêts ».
Il faut donc étudier l'évolution de ces relations internationales qui couvrent
- les échanges de biens (marchandises) et de services (transport, assurances, redevances, intérêts...) ;
- les mouvements de capitaux à court terme (moins d'un an) et à long terme (crédits commerciaux, prêts et emprunts financiers, investissements directs et de portefeuille) ;
- le système monétaire international (SMI) et les taux de change, fixes ou flottants, qui en résultent.
Toutes ces relations peuvent être suivies à l'aide de documents comptables établis par les organismes statistiques (INSEE en France ou Eurostat pour l'Union Européenne) et les banques centrales de chaque pays. Parmi ces documents :
- la balance commerciale qui retrace les importations et les exportations de marchandises comptabilisées FAB (Franco à Bord) ou FOB (Free on Board) donc sans le coût du transport et des assurances ; son solde dit commercial est un excédent lorsque la valeur des exportations est supérieure à celle des importations et un déficit dans le cas contraire ;
- la balance des paiements courants ou des transactions courantes qui ajoute à la balance commerciale la valeur des services baptisés les « invisibles » ; selon les pays, le déficit de la balance commerciale peut être largement compensé par l'excédent des échanges d'invisibles (dépenses des touristes, redevances de brevets, intérêts de capitaux placés à l'étranger...) ;
- la balance des paiements qui ajoute aux paiements courants les mouvements de capitaux et qui est, par définition, équilibrée puisque l'excédent ou le déficit des paiements courants est obligatoirement compensé par un mouvement en sens inverse de capitaux à court terme des secteurs bancaires et publics que l'on dénomme « position monétaire extérieure ».
Ajoutons qu'à l'échelle internationale, d'autres documents, tels ceux du Fonds Monétaire International, permettent de suivre pour tous les pays du monde les relations évoquées ci-dessus que l'on trouve dans les balances extérieures de chaque pays.
Comment ces relations ont-elles évolué au cours du temps ? En quoi leur évolution a-t-elle contribué aux transformations des capitalismes nationaux ? Qui les a voulues : les États, les multinationales ou les deux ensemble ? Ont-elles répondu aux attentes initiales ou ont-elles échappé aux objectifs poursuivis par leurs initiateurs ?
Tentative de répondre en 4 étapes :
- la marche triomphale du libre échange depuis la fin de la deuxième Guerre Mondiale ;
- à laquelle le système monétaire international mis en place à Bretton Wood n'a pas résisté (abandon des parités fixes en 1971) ;
- avec, pour conséquence, une circulation mondiale des capitaux de moins en moins maîtrisable ;
- et une « crise de
la finance globalisée » (Anton Brender et Florence Pisani). Suite
[1] Quand le capitalisme, op. cit, p. 62.