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UNIVERSITE INTER-AGES DU DAUPHINE
COURS D'ECONOMIE DE MONSIEUR
JEAN-MARIE MARTIN-AMOUROUX
Actualité économique du mois de décembre 2009
Fin octobre, la note d'actualité avait été consacrée à la baisse du dollar et au débat entre ceux qui y
voyaient une tendance longue et ceux qui la jugeaient conjoncturelle. Fin décembre, ce sont ces
derniers qui paraissent dans le vrai, pour des raisons qui ne sont cependant pas encore très claires. De 1,51 $ pour 1€, le dollar s'est consolidé à 1,43 depuis mi-décembre. Certains pronostiquent 1,30 fin 2010, puis 1,10, voire 1,05 ensuite. A première vue, cette nouvelle séduction semble s'appuyer sur l'anticipation d'une reprise économique plus rapide aux États-Unis qu'en Europe. Elle reflette peut-être aussi l'éloignement d'une montée en puissance de l'euro face aux tensions entre les États-Unis et la Chine, les premiers reprochant à la seconde de sous-évaluer le yuan pour accroître ses exportations, d'où la contestation (en parole) du dollar par la Chine. Mais la consolidation du dollar exprime peut-être aussi la méfiance qu'inspire le creusement des déficits publics européens.
Alors que la création de l'euro reposait sur l'engagement de leur maîtrise, les déficits publics se creusent dans tous les pays, notamment dans les 4 PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne ou Spain). Les élections législatives grecques ont révélé que le déficit public cumulé atteignait 120% du PIB (contre 60% maximum autorisé). Conséquences, la forte baisse des valeurs de ce pays et le risque de ne plus trouver de prêteurs, sauf à des taux exorbitants {l'emprunt d'État à 10 ans est déjà passé de 4,4% en septembre à 5,6% en décembre). L'Union Européenne a fait savoir qu'elle ne laisserait pas tomber la Grèce, laquelle espère se sortir de son mauvais pas avec l'aide du FMI et un plan drastique d'économies budgétaires réduisant le déficit budgétaire de 12,7% du PIB en 2010 à 08,7 % en 2012 {impât de yv% sur les primes des banquiers, lutte contre la fraude fiscale, coupe de 10% des dépenses sociales, gel du traitement des fonctionnaires au dessus de 2 000 C/mois, gel de tout recrutement dans la fonction publique, privatisations...). L'urgence pour la Grèce est le maintien de sa note de crédit à BBB+ afin de refinancer sa dette à des taux qui ne la coupent pas du reste de l'Union Européenne {l'écart se creuse déjà avec l'Allemagne sur les obligations d'État à 10 ans).
Endettés, les États font appel aux Banques centrales qui les aident en maintenant des taux d'intérêt proches de zéro. Aux États-Unis, la Fed qui est beaucoup plus libre que la BCE, va même plus loin en rachetant directement les bons du Trésor et d'autres titres d'emprunt, ce qui a fait passer en quelques mois son bilan de 1 000 à 2 000 G$. Cette politique continue à gonfler le volume des liquidités mondiales qui va sauter de 3 700 G$ en 2002 à presque 11 000 en 2010. Conséquence, le risque de nouvelles bulles spéculatives entretenu par la multiplication des dark pools : il s'agit de marchés spécialisés dans l'échange confidentiel d'actions à coté de celui officiel des bourses de valeur. Grâce à la rapidité des plateformes électroniques, ils permettent toute manipulation des cours, un investisseur vendant sur le marché officiel pour faire chuter le prix d'une action qu'il rachète immédiatement sur les marchés dark. Ces derniers ne représentent encore que 10% des transactions, mais leur croissance pourrait être rapide en Europe, suite à la directive Marchés d'Instruments Financiers (MIF) qui a mis fin au monopole des opérateurs historiques tels que le London Stock Exchange ou l'Euronex.
Les États réussiront-ils à maîtriser ces nouveaux risques financiers ? Aux Etats-Unis, où les dark pcjols sont nés au cours des années 1990, la Securities and Exchange Commission (SEC) a mis en place une centrale chargée d'introduire un minimum de transparence. En Europe, Michel Barnier va devoir réviser la MIE Au Royaume-Uni, dont l'économie souffre plus que toute autre des excès de la finance, Gordon Brown se propose d'instaurer une taxe anti-bonus. En France, Mme Lagarde qui en avait rejeté le principe semble désormais s'y rallier afin que les banques conservent davantage de liquidités pour renforcer leurs fonds propres. De l'avis d'un banquier, cette taxe sera cependant indolore car elle se substituera au prélèvement prévu pour le financement de l'extension des fonds de garantie des dépôts des épargnants.
Actualité économique de la 1ère quinzaine d'octobre 2009
Parmi les sujets qui ont fait l'actualité économique de la quinzaine écoulée, le plus important nous semble avoir été la poursuite de la glissade du dollar et ses conséquences sur la reprise économique des deux côtés de l'Atlantique.
- A 149 $ pour 1 € ou 0,6715 € pour 1 $ le 14 octobre 2009, le taux de change entre les deux monnaies a presque touché son étiage.
- Cette faiblesse du dollar est très cohérente avec les deux autres instruments utilisés pour assurer la relance aux États-Unis : un déficit budgétaire creusé par des mesures fiscales et de très bas taux d'intérêt (depuis presque un an, le taux au jour le jour de la Réserve Fédérale - la Fed - est compris entre 0 et 0,25%).
- Selon certaines estimations, la faiblesse du dollar a fait gagner 0,4% de croissance du PIB en 2008, au lieu d'une baisse de 0,8% à taux de changé inchangé, ce moyennant une hausse des exportations de 5,4% et une baisse des importations de 3,2%. Tout laisse à penser que ce dynamisme des exportations étasuniennes va se poursuivre en 2009 alors que les échanges internationaux reculent.
- Cette vigueur des exportations nuit au commerce international de la zone Euro, notamment de l'Allemagne dont la croissance économique dépend fortement de ses débouchés extérieurs. La faiblesse du dollar pourrait coûter un point de PIB à l'Europe en 2009.
- Il reste à replacer cette baisse du dollar dans une évolution à plus long terme. Pour certains (J.P
Fitoussi, directeur de l'(lF(`E), elle est purement vvn wnî.türelle : 'la politique de la Fed marche
bien parce qu'elle correspond aux souhaits des détenteurs de capitaux qui, après avoir cherché un havre de sécurité dans le dollar au plus fort de la crise, revendent leurs bons du Trésor américain au profit de places plus rémunératrices.
- Pour d'autres (Larry Summers, conseiller de Barak Obama), la baisse du dollar exprime un vrai changement d'orientation, à savoir le basculement d'une croissance tirée par la consommation intérieure vers une croissance tirée vers les exportations, mais, si tel est bien le cas, la question du dollar monnaie de réserve internationale se posera avec plus d'acuité que jamais, notamment dans les pays (Chine, Japon, Corée...) qui ne semblent pas décidés à laisser leurs devises s'apprécier pour mieux financer l'importation de produits américains.
- Ils n'ont, malheureusement pour eux, guère de choix. L'Euro (25% des réserves mondiales) n'est toujours pas un challenger sérieux pour le dollar (65%). Le Yen a laissé passer son heure. L'or n'est plus d'actualité. Le Yuan ne serait séduisant que si la Chine supprimait son contrôle des changes, développait ses marchés financiers et se dotait d'une banque centrale indépendante du pouvoir politique, ce qui n'est pas pour demain !
L'autre sujet à la une des journaux a été l'excellente santé des banques qui, il y a un an, étaient au bord du dépôt de bilan. « Exubérance retrouvée » à Wall Street où les grands établissements affichent 437 G$ de profit et le versement de 140 G$ de rémunérations à leurs employés. Celles de la seule Bank of Ainerica (30 G$) équivaut à 6 fois le budget du programme alimentaire mondial au moment où la FAO (Food and Agriculture Organization) annonce que plus d'1 milliard de personnes souffrent de la faim. Pour retrouver leur liberté de rémunération, toutes les banques tant aux ÉtatsUnis qu'en Europe s'empressent de rembourser les prêts reçus de leurs gouvernements, quitte à reprendre leurs vieilles habitudes de spéculer sur des produits risqués et à court terme. Du coup, Gordon Brown a proposé une nouvelle taxe sur les profits bancaires, ce à quoi Mme Lagarde s' oppose en France pour ne pas nuire à la compétitivité des établissements français et à l'ambition de faire de Paris une grande place financière, capable de concurrencer la City